Toupie (19/9/17 — D2-n)

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© Hamlet mis en scène par Thierry Debroux, au Théâtre royal du Parc

Itsik Elbaz a fait vivre sous mes yeux l’alliage shakespearien contre-nature par excellence du grotesque & du sublime dans le Hamlet dont il occupe le rôle-titre, remarquablement mis en scène par Thierry Debroux pour le Théâtre royal du Parc, du moins dans sa première partie, véritable délire corporel & verbal qui ploie le texte ici ou là en l’orientant vers la bouffonnerie (les réactions d’Hamlet hilare à l’annonce par Horatio du fantôme de son père, alors que le texte ne laisse ensuite aucun doute sur sa crédulité en la matière) par un jeu averbal puissant et fleuri, par des intonations exubérantes & diversifiées, pour mieux ensuite être projeté par le levier rebondissant de ce texte-corsaire qui ne recule devant aucun contraste entre l’emphase et l’ordurier, et a l’éclat de son audace. Ici, Hamlet domine la situation qu’il hante pourtant d’une indécision triple savamment entretenue par Shakespeare : certes, le spectre du père assassiné apparait pour demander vengeance, mais s’agit-il bien au juste du père en personne ?, peut-on confondre le mort avec son ombre ?, celle-ci ne manipule-t-elle pas Hamlet qui doit vérifier ses assertions avant de se convaincre de sa mission vengeresse ? ; mission devant laquelle Hamlet recule à maintes reprises sous la pression des circonstances et des péripéties les plus acadabrantes (la prière du coupable et l’exil en Angleterre) ; et ruse de la folie enfin qui sied tant à Hamlet, dévasté par la mort de son père, horrifié par la sombre machination de son oncle, et tourmenté par la vengeance dont il se doit d’être l’instrument. Au lieu d’un héros pathétique empêtré dans les hésitations qui le tiraillent et qu’il subit, la forte présence d’Itsik Elbaz et la folie délirante si créative qu’il s’y complait s’impose à tout ce royaume pourri, transposé pour les besoins de quelque cause obscure mais non sans efficience dans l’Empire russe du XIXe, et bouleverse les uns et les autres, au point de commettre un crime accidentel chemin faisant, en renvoyant à chacun le visage halluciné du sort humain qui est proprement le songe de la folie.

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