Salò 1 (21/2/18)

Si Sade n’est pas une partie de plaisir, il confronte son lecteur à la brutalité de son désir et l’enferme dans sa rhétorique totalitaire, au point qu’il ne peut que fuir, l’adopter en un bloc, ou assister impuissant à l’horreur de son déroulement. Où veut en venir Pasolini avec l’horreur lumineuse de Salò ? L’impitoyable rhétorique est sous l’extériorité d’un œil froid qui révèle le machinisme implacable du sadisme, comme le dessous du masque de la domination bourgeoise, le visage cru du pouvoir. Ni culpabilité judéo-chrétienne, ni normalité bourgeoise, la critique aigüe s’épuise dans l’exhibition de la carnalité et de la cruauté : Girone delle manie, Girone della merda, Girone del sangue[1].

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Rien n’est épargné au regard inflexible dont toute complaisance est étouffée par le supplice des victimes. Il semble impossible de trouver un point de vue d’où observer simultanément la victime et le bourreau, et un abime infranchissable les sépare, quoi qu’en dise le sadique. Également impossible d’offrir quelque justification racinienne à l’étalage cathartique des passions et du vice. Il n’y a qu’un froid constat dont j’ignore encore par quelle issue il est possible d’en dénouer la perplexité, si tant est qu’il y en ait une. Arrêté au seuil insupportable du « Cercle du sang », je ne sais quelle rémission attendre face au sacrifice inutile des victimes et suppose quelque circonstance historique venant mettre en échec, comme la prison pour Sade, le projet des quatre bourreaux « nazifascistes » de Salò. Mais l’on sait dans quelles horreurs la défaite précipitait la machine du nazisme. Étrange & terrible testament filmique pour cet être tortueux & délicat dont il manquerait encore de lire le dernier opus inachevé, Pétrole[2].

 


[1] « Cercle des passions, Cercle de la merde, Cercle de sang », soit les trois dernières parties du film de Pasolini après le « Vestibule de l’enfer » (« Antinferno »).

[2] Dernier roman inachevé de Pasolini qui aurait causé son assassinat à cause des révélations qu’il devait contenir sur la terrible vague d’attentats qu’a connu l’Italie dans les années 1960-1970 (notamment dans un chapitre qui semble avoir été détruit par un tiers).

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