Veillée (22/3/18)

Il me semble parfois entendre le bruissement d’autres vies que la mienne dont la rumeur s’étend dans les plis de la nuit. S’agit-il de vies possibles, concomitantes, passées ou passantes, entourent-elles la mienne d’un halo permanent, viennent-elles à ma rencontre comme le croisement d’ondes qu’assemble une même fréquence ? — Je l’ignore. Elles n’ont pas l’inflexion des voix chères qui se sont tues, mais de celles qui n’ont jamais parlé encore, tout aussi chères, peut-être plus. Il semble que je pourrais tendre la main et les toucher du doigt, et je sais cependant que je ne le peux pas. Elles m’échappent comme le bruissement du vent dans l’herbe nue, que l’on perçoit tant que sa vibration dure, mais qu’on ne retient pas. On discerne son passage sensible mais on ne le cerne pas. Il fait partie de ce qui passe et qui ne s’arrête pas. Ainsi ces vies qui murmurent autour de moi. Elles ne font que passer mais il se peut qu’elles reviennent. Il se peut que leur passage soit déjà le retour de ce qui arrive sans cesse et qui n’est jamais arrivé. Vies sans ports ni attaches qui passent à mon encontre. Vies qui peuplez ma nuit comme un vent dont j’ignore d’où il vient et où il va, sur quelles terres il a soufflé et sur quelles autres il soufflera, et pour quelle durée. Je me laisse emporter par ce bruissement léger, et je frissonne un peu dans la fraicheur de son passage qui me pousse à veiller.

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