Kingsman : l’humour trash sous contrôle (28/4/18)

Attention : ce diaire critique porte sur les deux opus de Kingsman et est bourré de spoilers (a fortiori pour qui suit les hyperliens d’illustration) Il est donc destiné à ceux qui ont vu Kingsman ou qui n’en ont pas l’intention.

Kingsman 1 et 2

Kingsman. The Secret Service (2014), Kingsman. The Golden Circle (2017), Matthew Vaughn. On revient à Kingsman par le fantasme, même après l’avoir quitté par dégout. C’est un divertissement efficace ponctué de violence extravagante (massacre dans une église de fachos cathos avec tout objet contondant ; ami passé au hachoir puis mangé en hamburger), d’érotisme bien senti (une princesse suédoise qui offre son beau cul nu à l’agent secret qui a sauvé le monde ; une hippie au physique suédois dans les muqueuses vaginales de laquelle, sous une culotte de soie rouge, l’agent secret introduit un mouchard), de jeux goguenards sur les stéréotypes (le multimilliardaire noir au style cool à la Steve Jobs qui zézaye et déteste le sang mais veut assassiner la majeure partie de l’humanité pour sauver la planète ; les gentlemen british de Kingsman et les cow-boys américains de Statesman incluant le scotch vs le whiskey irlandais ; le jeune héros des quartiers populaires de Londres qui évoquent les hooligans de Liverpool formé par un aristocrate anglais ; Elton John à près de 70 ans qui après s’être montré un couard impuissant se révèle subitement maitre ès arts martiaux), d’actions déjantées, d’émotions savamment orchestrées (la mort supposée du mentor en espionnage ; la mère du jeune héros sur le point de tuer son enfant à cause du plan machiavélique du premier méchant ; la princesse qu’aime le héros sur le point de succomber à une terrible maladie liée à la drogue suite au plan machiavélique de la seconde méchante ; la mort du chauve toujours loyal qui avait survécu jusqu’au bout), de technologies de pointe, de dispositifs d’agents secrets hyper organisés et de super méchants hyper puissants, d’humour jamais démenti même dans les situations les plus extrêmes. Tout cela serait fort bien dans le genre, épicé par la violence crue, l’humour décalé et l’érotisme audacieux auxquels désormais nous ont habitués les séries télé jusqu’à s’inviter au cinéma, n’était la dégoutante morale du film. Le carnage dans l’église est bien vécu puisque après tout, ce ne sont que des cathos extrémistes anti pd, anti noirs et anti avortement, excepté l’agent secret qui s’en sort en décimant tous les autres, toujours sous le coup de la folie furieuse provoquée par l’arme neurologique du méchant. Les femmes sont bonnes à épicer la vie du héros de leur érotisme radicalement émancipé, ou à nécessiter son aide et son affection quand il s’agit d’un agent secret, même en partie meilleur que lui (Roxy), ou à attendre dans le doux foyer princier le retour du sauveur du monde, ou à jouer la super méchante cruelle, stupide et tranquillement hystérique, mais on est rassuré par la fin du deuxième opus où une politicienne américaine, bien que s’étant droguée, ce qui est mal, révèle le cynisme criminel du président et où une jeune femme, noire qui plus est, après avoir été reléguée, peut enfin devenir un agent secret au milieu des cow-boys US de Statesman dans le happy end. Le danger meurtrier en masse de la drogue maléfique, sous toutes ses formes, est heureusement déjouée par les héros puisqu’elle touchait jusqu’à la Princesse suédoise du jeune héros, à la politicienne intègre du gouvernement américain et à l’agent sympathique des Statesman, et c’est l’occasion de rappeler qu’il ne faut pas toucher à « cette merde » à laquelle succombent des innocents. Mais le clou du spectacle est atteint quand Eggsy, le jeune héros, s’est mis en couple, dans le deuxième volet, avec la belle princesse qui lui avait si généreusement offert son cul alors qu’ils étaient deux inconnus, et qu’elle lui fait la même proposition alléchante s’il sauve à nouveau le monde — sauf qu’on ne saisit pas bien l’enthousiasme y afférent puisqu’ils couchent désormais régulièrement ensemble ; et surtout quand en tant qu’agent secret, dévoué à sa cause à la vie à la mort et ne pouvant désobéir aux ordres, Eggsy doit, en toute vraisemblance, séduire la belle hippie blonde pour lui insérer un mouchard du bout du doigt dans le vagin et que, demandant une minute pour aller aux toilettes avant de passer à l’acte, ce qui laisse croire au spectateur naïf qu’il doit sans doute préparer son dispositif, il contacte avec son iPhone sa belle princesse pour obtenir d’elle l’autorisation de « coucher avec la cible » ; ce qu’elle accepterait, après s’être indignée violemment (« Quoi ? Je n’étais que ta cible d’entrainement ? »), s’il la demandait en mariage, ce qu’il ne peut accepter au moment même au risque de perdre son anonymat et qui provoque une rupture heureusement temporaire. Que la morale du couple fidèle et le chantage au mariage s’introduisent au cœur de l’érotisme propre aux agents secrets dans un film qui n’a pas peur de faire hacher menu un (ex-)ami par celui qui est ensuite contraint de l’ingurgiter en Big Mac, voilà qui en dit long sur le rapport au fantasme et à l’interdit de la société actuelle : on peut manger de la vulve, mais c’est mal de fumer, de se droguer et de tromper sa femme. Le Kingsman, gentleman au service de la société pour une agence secrète indépendante, doit sauver le monde d’un massacre collectif ou d’un crime de masse dans d’horribles convulsions mais ce qui le motive par-dessus tout, ou doit émouvoir le spectateur, c’est de sauver sa mère ou sa meuf, et si l’un des meilleurs agents secrets se révèle être un agent double ce n’est pas qu’il travaille pour la cruelle méchante ou pour le président cynique, mais qu’il a été traumatisé par le fait que sa fiancée, dans sa prime jeunesse, a été assassinée par deux drogués. On connaissait ce personnalisme à l’américaine (Saving Private Ryan) mais ici, le raffinement consiste à conserver le cœur de la pudibonderie morale et de l’hypocrisie bien-pensante au cœur d’un humour trash, censément radicalement subversif et jouant à renverser les valeurs normatives dans sa violence et son érotisme rock’n’roll. Qu’on soit rassuré, Kingsman ne craint pas le mauvais gout mais, quoi qu’il arrive, l’honneur est sauf.

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