Multitude (6/1/18)

Foule pullulante aux Docks où nous nous frayons un chemin au travers de l’indifférence consumériste de la multitude. Grand vaisseau surpeuplé au design ultramoderne léché donc sans monde et dépeuplé. Tout est foule et rutilance, vitrine et décadence, où s’étend le monde tertiaire du plastique et du métal indéfiniment commercialisés sous de multiples variantes toutes à l’identique.

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Docks Bruxelles © L’Avenir

Star Wars est bien la saga de cette ère où s’affrontent les clones et les droïdes pilotés par quelques têtes pensantes qui chapeautent la succession des opérations plus ou moins à distance, saga de la traversée des immensités à laquelle s’opposent le chemin et les demeures du Seigneur des Anneaux mais qui met en scène comme noyau lumineux de résistance à l’impérialisme galactique les peuples, la force et les mondes.

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Upper City Cantina © Wookieepedia

On devine à l’horizon la guerre spéculaire des Skycrawlers où les machines turbinent sans cesse dans le ciel bleu le plus lisse, et où les corps succombent avant d’être remplacés car ils sont remplaçables, dans l’anéantissement du temps par le nombre. Il y a une ivresse rassurante dans ces bulles spéculatives qui éclaboussent les masses à intervalles aléatoires répétitifs dans leurs orgies mécanisées. Plus l’espace est organisé et moins il y a de monde ; plus il y a de passants qui y trainent et moins il est habitable.

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Docks Bruxelles © La Libre

Rien de tel, alors, qu’un Toscanello devant le Capriani et quelques audionotes dans le dictaphone que je suis venu acheter ici, pour qu’enfin je m’extirpe du temps compté, mesuré, et de l’infinie cadence des ventes giratoires, pour qu’apparaisse ainsi une sphère qui m’entoure générant inopinément un espace qui soit mon territoire. Cette magie-là cependant ne peut résister longtemps à l’ordre d’un univers de couloirs, mais bientôt nous repartons dans la froideur de janvier pour rejoindre les pénates qui nous protègent encore des hallucinogènes de la ville où tout n’est qu’extension. Il y a certes un délire machinique excitant dans les ondes duquel nous nous glissons aussi — smartphone, dictaphone, disque dur externe, clé et câbles usb, prise à domino — et que marie même multiplie et prolonge par l’incessant montage et démontage des patrons qu’elle entend coudre, et qu’expriment à merveille les doigts métalliques qui dépiautent au rythme d’une musique obsédante une vieille poupée de chiffon pour en tirer, à grands renforts de fils, d’aiguilles et de boutons, une poupée neuve dans le générique de Coraline, mais il y a exactement un monde dans la loi des séries entre l’atmosphère à laquelle contribuent celles dont les agencements sont capables de créer de nouveaux territoires, et l’évidement de celles qui ne laissent en guise de terre à parcourir et d’air à respirer qu’un perpétuel cadastre aussi inexorable qu’inhabitable.

Les masses sont le drame du monde. Tout problème est de nombre (et de masse). Mais que faire contre la multitude déjà présente et dont on fait partie sans sombrer dans le massacre et ses souffrances sur lesquels nul n’a autorité ? Peut-être que l’apocalypse des catastrophes d’un monde asphyxié qu’on nous annonce ramènera un équilibre auquel nul ne peut plus accéder et que la nature sera plus juste en son déferlement aveugle que ceux qui préparent cette apothéose destructrice. Ce n’est pas la mort qui est à craindre mais l’asservissement, ni la destruction mais la dégradation. De ce point de vue, la puissance atomique est infiniment moins nocive que tout enrégimentement dans une logique systématique faite de couloirs et d’abattoirs, ou de parkings aseptisés ou règnent la vie assistée et le mouvement neutralisé. Le monde comme clinique, la vie comme thérapie. Wall-E, son monde dépotoir et ses circuits de divertissement contrôlés, en boucle, cycliques, infiniment à la dérive dans l’espace intergalactique toujours ouvert sur le retour du même.

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© Pixar-planet.fr
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