Hail, Caesar ! (13/1/17)

Hail, Caesar ! (2016) : le dernier Coen. Cette fois — dans ce nouvel opus où le cinéma sur le cinéma renvoie aux intrigues de l’Hollywood des années 1950 et s’offre le luxe, par le lubrifiant d’une voix off enveloppante qui permet toutes les voies de traverses, de sauter d’un récit imbriqué à l’autre à la faveur des séquences cinématographiques les plus variées (western, comédie sentimentale, péplum, spectacle aquatique, comédie musicale), en alternance avec un récit cadre lui-même passablement tortueux — la magie du décalage n’opère pas. Quelque part entre l’humour noir et grinçant dans le stéréotype décalé d’un Tarantino et le caquetage guilleret et jazzy de Woody Allen, saisissant dans leur étrange filet tel ou tel trait pathétique de l’homme plus vrai que nature, les frères Coen déploient leur talent de saltimbanques virevoltant sur eux-mêmes dans une pirouette cinématographique de leur crû, mais la figure acrobatique est ici dépourvue de beauté lyrique malgré son brio, à l’exception de quelques séquences-performances qui valent pleinement le détour : Scarlett Johansson en sirène kitsch ravissante et ravie, à la beauté benoite, dans une chorégraphie aquatique graphique, exquise de mauvais gout et d’ingéniosité, jusqu’à la baleine mécanique et son jet d’eau dithyrambique, puis campant un caractère brut, culotté, vulgaire comme une camionneuse, une fois que l’actrice a quitté son rôle devant la caméra ; Ralph Fiennes en metteur en scène tatillon, précieux et méticuleux, confronté à un comédien incapable qui le pousse dans les retranchements de sa délicatesse raffinée et de son irritation prononcée ; Channing Tatum, dont on a encore à l’esprit l’incarnation puissante et bornée du lutteur Mark Schultz dans Foxcatcher de Bennett Miller, en beau matelot à l’uniforme blanc immaculé, à l’esthétique léchée et surannée type Jean-Paul Gaultier, pour une chorégraphie chorale et quelques beaux entrelacs de claquettes dans une pure scène de genre dansant dans un bar avec ses comparses, et se lamentant sur l’absence de femmes lors de leur prochain voyage en mer.

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Les deux acteurs principaux, l’un manager à tous crins qui passe d’un plateau à l’autre, d’un ragot à l’autre, d’un acteur à l’autre pour gérer les mille complications improbables de la production à gros budget et à recettes colossales, l’autre acteur-vedette victime d’un kidnapping qui s’adapte à toutes les situations avec la même conviction qu’il incarne intensément la sensibilité de son personnage romain illuminé par sa rencontre avec le Christ sont à l’image du film dans son ensemble : l’un fort bien maitrisé mais quelconque tant dans le personnage que dans la performance (Josh Brolin dans le rôle du producteur historique Eddie Mannix) ; l’autre grotesque et cheap, farcesque et lourdaud, dont on eût préféré se passer tant il est au-delà du ton juste, aussi incongru soit-il (George Clooney aussi médiocre dans ce rôle d’acteur vedette volontairement grotesque et pathétique, et néanmoins grotesque et pathétique qu’excellent dans le petit truand magouilleur intellectuel du superbe O’Brother des mêmes réalisateurs).

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