Ode à la nuit (12/1/19)

La tête dodeline, le ventre est lourd, les bruits de la ville s’estompent à peine. Que suis-je venu chercher sur ce rivage, qu’y puis-je encore espérer ? Extirper la tête des fausses envies, des vagues de fatigue, des vraies rumeurs. Arracher le désir au néant, l’ataraxie à la multitude. Le primate en moi refuse de s’armer de patience, le guerrier attend, le sage n’attend plus. L’évènement du jour est toujours celui du jour qui se lève. Au moment de son coucher il ne reste qu’à se fier à quelque puissance nocturne, en évitant Hécate et autres Érinyes. Lorsque Œdipe se crève les yeux il cesse enfin d’avancer vers son implacable destin. Tout est accompli, il marche au-delà du destin, il n’y a plus rien à voir ni à affronter dans l’inexorable avancée, il n’a plus qu’à tirer le poids de son passé en se laissant guider par ce qu’il ne peut plus voir. Œdipe ferme les yeux sur le monde et les dieux. Certes on ne peut pas l’imaginer heureux mais ne conquiert-il pas dans la nuit l’ultime liberté qui lui fut inexorablement refusée le jour ? On lui a donné le jour qui ne lui a rien donné en retour, et désormais il s’en passe. Extirper le jour passé quand il est passé sans fruit et entrer dans la longue nuit où l’on marche en aveugle, où l’on marche pourtant encore. Œdipe fait face même dans la nuit une fois dissipées les horreurs du jour. Quoi qu’il arrive ne pas s’en montrer moins digne. Journal, ode à la nuit, ode au jour.

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